Transmission d’entreprise : des tendances 2017 confirmées en 2018

Le marché de la transmission d’entreprise : bilan 2018

Le dernier baromètre de la transmission de PME (20-249s.) publié en 2018 par le CNCFA (Syndicat des professionnels des fusions et acquisitions) et Epsilon Research permet à nouveau de proposer un panorama précis de la structure et du potentiel du marché de la transmission d’entreprise en France. Focus sur une année 2018 où l’on estime à environ 4600 le nombre de cessions-transmissions.

Panorama du marché de la transmission en 2018

La France ne s’est pas encore dotée d’une base de données publique permettant de recenser les cessions-transmissions. Et, interpréter certaines opérations financières ou certains évènements au sein des entreprises comme des signes de transmission peut entrainer une surestimation du marché. Le baromètre étudié pour évaluer le nombre de transmissions d’entreprise s’appuie donc principalement sur :

  • la mise à jour du nombre de PME du secteur marchand non agricole (83 201), opérée l’INSEE en avril 2018 ;
  • l’estimation de la BPCE, après retraitement des données.
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Estimation du marché de la cession-transmission d’entreprise

En 2018, on peut donc estimer à 4600 cessions-transmissions d’entreprise, soit un taux de 5,5 % comme en 2017. Celles-ci se répartissent comme suit :

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On remarque que seuls 25 % des transmissions d’entreprise, particulièrement des PME, se font en interne, au sein de la famille. L’étude révèle que ce taux est au moins deux fois plus faible que dans les principaux pays de la zone euro. Ce constat explique l’importance de la vitalité du marché des fusions & acquisitions pour l’économie française.

Un marché plus dynamique que dans le reste de la zone euro

Cependant, si on compare la part du marché français de la cession/acquisition de PME à celle des autres pays de la zone euro, on constate que la France est le premier marché M&A PME de la zone euro en 2018, avec l’Allemagne qui en compte 2,4 fois plus que la France !

Graphe — Part relative des marchés de cession/acquisition de PME des principaux pays de la zone euro

Par ailleurs, la France se distingue réellement de ses principaux partenaires européens sur le LBO small cap, ou capital-transmission. En effet, selon les dernières données d’InvestEurope, elle concentrait en 2017 “autour de 54 % en volume (63 % en valeur) du marché des LBO < €50 m sur la zone euro, une part très supérieure à celle des principaux autres pays européens.”

Graphe — Part relative de la France dans le “capital-transmission” européen (valeur de transaction < €50 m)

La France dispose donc de l’industrie capital investissement la plus développée de la zone euro, où le segment capital-transmission small cap représente une part relativement plus élevée en 2017 comme les années précédentes.

Des estimations contrastées par un rapport du Sénat

Cette vision optimiste est toutefois à contraster. En effet, comme le souligne le rapport d’information n° 440 intitulé Moderniser la transmission d’entreprise en France : une urgence pour l’emploi dans nos territoires, publié par La délégation sénatoriale aux entreprises, les entrepreneurs font face à de nombreuses “difficultés lors des transmissions d’entreprises, notamment dans les régions éloignées de Paris. C’est un enjeu économique majeur, à la fois en termes de dynamisme et d’attractivité des territoires, et bien évidemment un défi pour l’emploi dans nos territoires”.

Les enjeux de la transmission d’entreprise en France

“Le défi de la transmission est un défi autant démographique qu’économique et territorial. Démographique, car près de 20 % des dirigeants des PME sont âgés de plus de 60 ans et plus de 60 % des dirigeants d’ETI ont au moins 55 ans : le nombre d’entreprises à transmettre dans les prochaines années va donc considérablement augmenter, souligne la rapport qui annonce une période délicate pour l’économie française, car ces entreprises ne trouvent pas toujours de repreneurs et, lorsqu’elles en trouvent, ceux-ci peuvent être tentés d’opérer des économies d’échelle en opérant des fusions voire de réduire la masse salariale en délocalisant. À la perte de ces emplois directs s’ajoute alors celle des emplois indirects, créant un cercle vicieux de dévitalisation de nos territoires que certaines de nos régions ne connaissent déjà que trop bien.”

Il est donc essentiel aujourd’hui de favoriser et fluidifier la transmission d’entreprise, plus que jamais au cœur des enjeux d’aménagement du territoire, et ce, quelles que soient les tailles et les secteurs d’activité des entités concernées.

Les maux de la transmission d’entreprise en France

Après cinq mois de travaux, la Délégation sénatoriale a identifié les six principaux obstacles à la transmission d’entreprise en France :

  • Difficulté à obtenir des statistiques fiables
  • Information insuffisante pour les cédants et les repreneurs potentiels
  • Préparation quasi inexistante des processus de transmission des entreprises
  • Difficultés de financement persistantes
  • Cadre fiscal et économique inadapté
  • Reprise interne par les salariés insuffisamment accompagnée

Pour conclure, si la France tient une place de choix en Europe sur le sujet, il est indispensable qu’elle se dote rapidement d’outils de mesure et d’un cadre législatif plus attractif pour développer les cessions-transmissions.